Après un mauvais rêve, l’enfant a du mal à reprendre pied dans la réalité.
Il a besoin de l’adulte pour comprendre que les monstres et sorcières qui peuplent ses nuits, c’est « pas pour de vrai ».
À quoi rêvent les bébés ? On n’en sait rien ! On sait que dès la naissance (et même in utero), il existe des phases de sommeil profond et des phases de sommeil agité, où le tout-petit bouge, remue les doigts, sourit… Il rêve ? Peut-être. Car en vérité, « on ne peut le savoir vraiment que lorsque l’enfant le dit, raconte ses rêves, c’est-à-dire aux alentours de 3 ou 4 ans », explique le Dr Marie-Josèphe Challamel, ex-chargée de recherche à l’Inserm experte en sommeil de l’enfant.
À cet âge, non seulement il a les mots pour décrire les images qui ont habité son sommeil, mais il peut aussi distinguer hier et aujourd’hui, le moment où il est endormi de celui où il est éveillé. Avant, bien sûr, votre bébé peut se réveiller en pleurant, mais a-t-il fait un cauchemar ou a-t-il été gêné par une couche sale ou la faim ? Mystère. « On a tout de même quelques indices qui laissent penser que l’enfant de moins de deux ans a des rêves. Par exemple, un bébé qui s’est fait piquer par une abeille, peut, la nuit suivante, appeler en disant « pique, abeille ». Mais il ne fait pas de différence entre l’abeille du rêve et celle de la réalité. Il faut qu’il soit plus grand, que ses capacités de symbolisation commencent à se mettre en place pour que l’on puisse parler de rêve au sens où on l’entend habituellement. »

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QU’EN PENSE…
Dr Marie-Josèphe Challamel, pédiatre spécialiste du sommeil,
ex-chargée de recherche à l’Institut national de la Santé et de
la Recherche médicale.
Il ne faut pas confondre cauchemar et terreur nocturne.
« La grande différence entre les deux, c’est le niveau de réveil de l’enfant. Lors d’une terreur nocturne, l’enfant hurle, pleure, est debout dans son lit, mais il dort. Le lendemain matin, il n’aura conservé aucun souvenir de cet épisode. En revanche, dans le cas d’un cauchemar, l’enfant est bel et bien réveillé, il peut vous dire qu’il a peur, et de quoi. Le lendemain, le souvenir du rêve est encore vivace et peut même perturber l’endormissement, car l’enfant a peur de retrouver le cauchemar. Les deux phénomènes ne reposent pas sur les mêmes mécanismes. Le cauchemar est un rêve qui se déroule en phase de sommeil paradoxal, c’est-à-dire plutôt en fin de nuit. La terreur nocturne est une parasomnie, une perturbation du sommeil lent profond, qui se déroule donc le plus souvent en première partie de nuit. Elle touche environ 15 % des 4 – 10 ans, et il existe une susceptibilité familiale : dans une fratrie, en général, si un enfant fait des terreurs nocturnes, les autres aussi. Ces épisodes surviennent plus volontiers lorsque l’enfant est en manque de sommeil, lorsqu’il a eu une activité physique trop importante avant d’aller se coucher.»
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A SAVOIR …
Prosom : Association nationale
de promotion des connaissances sur le sommeil
Hôpital de l’Hôtel-Dieu, porte 1
1, place de l’Hôpital - 69002 Lyon
Téléphone : 04 78 42 10 77
www.prosom.org |
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À quoi servent les cauchemars
Ils expriment un conflit inconscient entre des désirs refoulés et les interdits parentaux et sociaux intériorisés. Ces conflits sont alors figurés par des scenarii inspirés par les événements de la journée, et les « interdicteurs » symbolisés par des figures de loup, de sorcières, de démons. Tout ce que l’enfant a pu rencontrer d’effrayant dans les contes ou les dessins animés est susceptible d’endosser ce rôle. Mais une place prépondérante est accordée, dans les cauchemars des bambins, à tout ce qui possède de grandes dents et est capable de manger tout cru un pauvre loustic sans défense, comme peut l’être « l’enfant petit devant des grandes personnes qui le grondent fort », souligne Hélène Brunschwig, psychologue, psychanalyste et ancienne ingénieur de recherche au Centre national de Recherche scientifique.
Dévorer, être dévoré
« Durant la toute petite enfance, le bébé traverse un stade de “dévoration”. Tout passe par l’oral : la découverte, l’amour et l’agressivité. Cela peut induire chez l’enfant la peur d’être dévoré. Ce qui alimente bien des cauchemars », ajoute Hélène Brunschwig. Ces mauvais rêves ressurgissent lors du complexe d’Œdipe, vers 3- 4 ans. Quand Jules dit dans la journée qu’il veut se marier avec maman, il rêve dans la nuit que le grand méchant loup (papa) le poursuit pour le croquer. C’est la même chose pour Eloïse qui réclame toujours les bras de son papa et la nuit, en rêve, se fait poursuivre par une sorcière.
Si le cauchemar est l’expression d’un conflit, d’une angoisse, la mise en scène des terreurs, il a aussi, pour les psychanalystes, une autre fonction positive : « Il permet d’apprivoiser ses peurs en se les représentant », explique la psychanalyste. Quand l’angoisse diffuse et impossible à nommer devient une méchante sorcière que l’on peut affubler d’un nez crochu et de toiles d’araignée dans les cheveux, on est sur le chemin de la libération. »
Plus difficiles sont les cauchemars récurrents, ceux qui réveillent l’enfant chaque nuit et l’inquiètent avec les mêmes images ou les mêmes scenarii. « Ils sont souvent le signe que quelque chose ne va pas, que le petit n’arrive pas à surmonter un événement qu’il a vécu. Ils peuvent survenir après un choc traumatique : un accident, une grosse frayeur, par exemple. L’enfant pourra revivre toutes les nuits ce qui l’a choqué, jusqu’à ce qu’on l’aide à le verbaliser. Alors, seulement, il pourra s’en libérer », explique Hélène Brunschwig. |
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A LIRE
« Le sommeil, le rêve et l’enfant »,
des Drs M. Thirion et M.-J. Challamel,
éd. Albin Michel, 15 €
« Le sommeil »,
d’H. Brunschwig, éd. Bayard, 11 €
« Louis, sa mère et sa psy »,
de C. Dumont, M. Malinsky et A. Doumic-Gérard,
éd. Bayard, 15 €
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QU’EN PENSE…
Hélène Brunschwig, psychologue, psychanalyste
et ancienne ingénieur de recherche au Centre national
de Recherche scientifique
Quand faut-il consulter ?
« C’est une question difficile. Tout dépend des parents, de leur angoisse. En fait il ne faut pas se ruer chez le psy dès que l’enfant se réveille en pleurant. Si l’on s’inquiète parce qu’un cauchemar se répète, par exemple, que l’enfant a peur d’aller se coucher, on peut commencer par en parler au pédiatre, qui a une grande habitude de ces problèmes. Et si cela ne passe pas, en revanche, il ne faut pas avoir peur de consulter. Nous les psychanalystes avons l’habitude de dire que plus on entame une thérapie tôt plus elle est brève ».
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Raconter, dessiner pour se libérer
Une fois que le rêve est fait, le travail n’est pas terminé. Encore faut-il le raconter. « C’est très important de parler pour enlever la charge terrible qui pèse sur ce cauchemar », estime Hélène Brunschwig. Mettre des mots, dessiner, permet de mettre de la distance entre soi et les souvenirs souvent très vivaces du mauvais rêve. « Il ne faut pas laisser l’enfant seul dans le noir, devant cette situation qui pour lui est très effrayante. Il faut venir le consoler, lui dire que ce n’est pas la réalité, allumer la lumière, montrer que le loup n’est pas dans la chambre », conseille la psychanalyste. « Si l’enfant a peur que le cauchemar revienne, on peut inventer des parades avec lui, par exemple lui proposer de dessiner le monstre qui l’effraie et ranger son dessin dans un tiroir, ou dans une boîte bien fermée, afin qu’il ne vienne plus l’embêter. Et puis, on peut aussi lui proposer d’appeler papa dans son rêve si le méchant cauchemar revient, pour qu’il l’aide à le chasser. Cela aide beaucoup. »
Pour le Dr Marie-Josèphe Challamel, le cauchemar peut être si terrifiant qu’il peut parfois justifier quelques transgressions aux règles habituelles. « Lorsque l’enfant a très peur, que l’on n’arrive pas à le raisonner, on peut exceptionnellement le prendre dans son lit pour le calmer et qu’il se rendorme ». Faites-vous confiance : vous saurez très bien reconnaître un bout de chou terrorisé par le monstre dont il vient de rêver, d’un bambin capricieux qui ne veut s’endormir qu’entre papa et maman !
Isabelle Basset |
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* Prix de vente conseillé.
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